
Je me souviens encore de ce moment précis à l’aéroport Charles de Gaulle. Je tenais trois passeports dans une main, deux petites mains moites dans l’autre, et j’avais une boule au ventre grosse comme une valise cabine. C’était notre première fois. Le premier saut dans l’inconnu depuis la signature des papiers officiels.
Pour beaucoup de parents divorcés, le voyage à l’étranger ressemble à une montagne infranchissable. On a peur de ne pas gérer la logistique en solo, de sentir le vide de l’autre parent, ou simplement d’être submergé. Pourtant, alors que nous embarquions pour le Portugal, je ne le savais pas encore, mais j’étais sur le point de vivre l’une des expériences les plus réparatrices de ma vie.
Le grand saut : apprivoiser la liberté
L’arrivée à Lisbonne a été un choc sensoriel immédiat. L’air était chargé de cette odeur unique de fleuve et de pâtisseries chaudes, les fameux pastéis de nata.
Les premiers jours, je ne vais pas vous mentir, j’étais en hypervigilance. Est-ce qu’ils ont mis de la crème solaire ? Où est le doudou ? On mange où ? Et puis, au détour d’une ruelle de l’Alfama, alors que le tramway jaune passait dans un grincement métallique, j’ai lâché prise.
J’ai réalisé que je n’étais pas un « demi-parent ». J’étais le capitaine de notre navire.
Voyager seul avec ses enfants quand on est divorcé, c’est redéfinir le noyau familial. Ce n’est plus « comme avant », c’est différent, et c’est beau. On a mangé des glaces à 11h du matin, on a couru après les pigeons sur la Praça do Comércio, et pour la première fois depuis des mois, j’ai vu mes enfants rire aux éclats sans aucune ombre dans le regard.
3 conseils pour transformer l’angoisse en aventure
Si vous hésitez encore à partir, voici ce que mes kilomètres parcourus en solo m’ont appris.
1. La paperasse avant le plaisir
C’est le côté moins glamour, mais vital. Avant de partir, assurez-vous d’avoir l’autorisation de sortie du territoire si nécessaire (selon votre jugement de divorce et la destination). Avoir les papiers en règle permet de partir l’esprit léger. Une fois la douane passée, vous êtes libres.
2. Ralentissez le rythme
En couple, on se relaie. Seul, on est sur le pont 24h/24. Ne surchargez pas le programme.
À Lisbonne, nous avons passé une après-midi entière juste à regarder les surfeurs sur la plage de Carcavelos. Pas de musée, pas de visite guidée. Juste le bruit de l’océan et le sable chaud. C’était parfait. Acceptez que le voyage soit plus lent.
3. Ne restez pas isolés
Ce n’est pas parce que vous partez en famille que vous devez rester dans votre bulle. Le voyage est un formidable accélérateur de liens. J’ai discuté avec des locaux, partagé des tables avec d’autres voyageurs.
Parfois, on ressent aussi le besoin d’échanger avec des adultes qui comprennent notre situation, nos défis et notre nouvelle liberté. C’est souvent dans ces moments de détente, loin du quotidien, que l’on est le plus ouvert pour rencontrer d’autres célibataires divorcés, que ce soit pour partager une astuce de voyage ou simplement discuter de cette nouvelle vie qui s’offre à nous.
Une victoire sur soi-même
Le dernier soir, assis face au Tage, je les ai regardés dormir, épuisés par le soleil et les découvertes. Je n’avais jamais été aussi fatigué, mais je n’avais jamais été aussi fier.
Ce voyage n’était pas seulement des vacances. C’était la preuve que la vie continue, qu’elle peut être vaste, joyeuse et pleine de surprises, même après une rupture. Nous sommes rentrés avec des valises pleines de souvenirs, mais surtout avec la certitude que nous étions, à nous trois, une équipe capable de parcourir le monde.
Alors, n’attendez pas que le moment soit « parfait ». Prenez les billets, faites les valises, et partez. Le monde vous attend.





